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Escapades coutelières

Voyage autour du monde à la découverte de couteaux d'ici et d'ailleurs

Kershaw "Covalent": la fin d'une quête

Kershaw "Covalent": la fin d'une quête
Enfin!

Salut, amical lecteur.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que je l'attendais cet article! Plus précisément: je l'attendais le couteau de cet article!

Parce que, vu le titre que tu viens de lire et les tags associés à cette page, je ne pense pas te gâcher la surprise en t'annonçant que le modèle que nous allons étudier aujourd'hui est l'aboutissement d'une longue recherche: une épopée consumériste qui dure depuis trois décennies et que nous appellerons, en toute simplicité, "la quête du couteau idéal, compte tenu des critères et des préférences personnelles en constante évolution de l'auteur de ce blog".

Cette aventure rocambolesque, ponctuée de faux pas, de "ça y est, j'ai trouvé, mais en fait non", de modèles presque parfaits mais aussi d'espoirs déçus nous aura amené à découvrir de multiples marques provenant de tous les pays du monde. Et si ce voyage n'est évidemment pas arrivé à son terme, tant il est vrai que le plaisir de la découverte et du partage sont toujours pour moi de puissants moteur d'écriture, tout au moins puis-je avancer sans risque qu'il nous aura mené aujourd'hui à une étape décisive.

Alors, évidemment, ce couteau ne plaira pas à tout le monde. Je concèderai même volontiers qu'il est loin d'être dénué de défauts, mais la somme de ses qualités en fait une combinaison unique au sein de l'offre coutelière actuelle et lui permet de cocher toutes les cases de ma liste incohérente de souhaits contradictoires.

Madame ou monsieur, je te présente: le Covalent.

Présentation générale

C'est lors de l'édition 2023 du "Las Vegas' Shot Show", un salon US annuel dédié aux armes en général mais consacrant néanmoins un bel espace aux couteaux, que Kershaw a présenté pour la première fois son "Covalent" au grand public.

Je m'abstiendrai de revenir sur les origines et l'histoire de la marque américaine, présentée en détail dans l'article dédié au modèle "Dividend composite" de ce même fabricant. Ce qu'il importe de savoir c'est que Kershaw est toujours, en 2023, l'un des acteurs principaux de la scène coutelière US avec pas moins de deux nouvelles collections de produits présentés chaque année. Un rythme qui a de quoi donner le tournis aux amateurs.

Positionné sur un créneau milieu de gamme avec des modèles dont le tarif oscille généralement entre 50€ et 100€, le constructeur affronte une concurrence autant locale (CRKT, Gerber...) qu'asiatique (CIVIVI, Real Steel...). Pour se démarquer sur un marché proche de la saturation, il mise sur la combinaison d'une constante innovation et de designs originaux.

C'est ainsi qu'à l'occasion de la "collection 2023#1" (la première de ses deux fournées annuelles), Kershaw introduit le Duralock à son catalogue. Implémentation maison du Crossbar Lock dont le brevet est désormais libre d'exploitation, il équipe pas moins de 4 nouveaux modèles: Monitor, Iridium, Heist et... Covalent.

Le "Monitor" est un poil trop "tactique" à mon goût...

Le "Monitor" est un poil trop "tactique" à mon goût...

...Le "Iridium" n'a pas de flipper...

...Le "Iridium" n'a pas de flipper...

...et le "Heist" non plus.

...et le "Heist" non plus.

C'est en visionnant les reportages réalisés en préparation de l'événement de Vegas par les Youtubeurs américains que ton bloggeur préféré (enfin je veux dire... moi) apprenait l'existence de la quatrième et dernière option du catalogue, et en découvrait les diverses caractéristiques avec, s'échappant du coin de sa bouche, ce qui s'apparentait fortement à un filet de bave.

Un Crossbar Lock, un flipper qui semble fonctionnel, une lame fine, un acier correct, un clip de poche aux petits oignons et un look par complètement pété... Il n'en fallait pas davantage pour que je me retrouve à rafraichir tous les matins, durant des semaines, les onglets du navigateur web que j'avais positionné au préalable sur mes sites d'achat en ligne préférés. Et lorsque, ENFIN, l'un d'eux se décida à proposer les nouveautés de Kershaw en précommande fin janvier, je pense que j'étais le premier client à glisser un Covalent dans mon panier.

C'est par une fraîche matinée que février que j'allais chercher mon colis au point relai le plus proche de chez moi, à la fois fébrile de découvrir mon nouveau jouet et angoissé à l'idée de devoir faire face à une énième déception. Une semaine de compagnonnage exclusif plus tard, je pense être en mesure de te livrer mes premières impressions...

Une lame qui fait le taf

Pas extravagante pour deux sous, ni même particulièrement originale, la lame du Covalent se paye en revanche le luxe de ne pas avoir de défaut majeur, en plus de bénéficier d'une géométrie plutôt vachement agréable.

Sans chichis.

Sans chichis.

Caractéristiques techniques
Longueur 80mm
Longueur de coupe 76mm
Hauteur 26mm
Épaisseur 2.6mm
Épaisseur derrière le fil 0.5mm
Angle d'émouture primaire 2.67°
Type d'émouture primaire Plate
Matériau D2
Dureté* 60 HRC

(* Données constructeur)

Pourvue d'une longueur généreuse sans non plus paraître excessivement impressionnante, cette lame se prête volontiers à la plupart des travaux, qu'ils soient culinaires, alimentaires ou du domaine du bricolage/jardinage léger. Un fil à la courbure régulière et une pointe parfaitement exploitable complètent son caractère versatile.

Aucun problème donc pour émincer un oignon, couper du saucisson bien sec, tailler dans la côte de bœuf bien juteuse, prélever son dû dans le beurrier ou pousser la purée dans la fourchette. Elle est également agréable pour la taille de petites branches comme la découpe de corde ou de carton, à main levée comme sur une table.

En revanche, si l'ouverture par flipper libère la lame de toute contrainte liée à la présence d'un ergot et la rend exploitable de la pointe jusqu'à la charnière, ce choix se paye au prix d'un fil dont on ne peut poser la base sur l'éventuel plan de coupe.

Le flipper, c'est à prendre ou à laisser.

Le flipper, c'est à prendre ou à laisser.

Lors de l'ensemble des tâches sus-citées, son émouture aigue et son épaisseur contenue rendent aisée la progression dans la matière. Au même titre qu'un Bugout (dont ses proportions comme sa géométrie tirent une inspiration évidente) ou un Terminus (dont il évite les écueils), le Covalent est capable de trancher sans effort dans les obstacles les plus récalcitrants.

On ne peut nier quelques similarités heureuses dans la façon dont ces spécimens présentent.

On ne peut nier quelques similarités heureuses dans la façon dont ces spécimens présentent.

Côté acier, Kershaw tourne ENFIN le dos au sempiternel 8Cr13MoV pour nous proposer un D2 dont le tranchant est autrement plus endurant. Et s'il souffre d'un moindre pouvoir de résistance à la corrosion, la finition "Blackwashed" réalisée sur l'ensemble de ses surfaces permet de se limiter à un entretien minimal (rinçage/essuyage) et sans prise de tête.

On ne va pas se mentir, cette transition était clairement au cœur des attentes de nombreux amateurs (dont je fais partie). Le simple fait de voir encore et encore le même acier-bof-bof sur les productions du constructeur américain avait presque fini par me décourager de suivre son actualité. Cette "révolution" donne certes l'impression d'arriver un peu tard, surtout lorsque l'on constate que la production asiatique a majoritairement basculé au D2 cinq ans plus tôt et commence à présent à tâter du CPM S35VN tout en conservant les mêmes tarifs, mais elle n'en est pas moins la bienvenue.

En tout cas, ils ont l'air d'être être fiers.

En tout cas, ils ont l'air d'être être fiers.

Une contre-émouture décore le dos de cette lame et un bosselage fin-mais-pas-agressif permet au pouce de trouver un bon point d'appui à sa base. Sur la face ventrale, le flipper forme en arrière du casse-goutte une garde profonde et sécurisante, dotée d'une bonne adhérence mais pas au point de devenir abrasive. Encore une fois rien d'exceptionnel, mais simplement une succession de petits détails qui fonctionnent lorsqu'ils sont mis bout à bout.

Le fait que j'aie du mal à en raconter davantage au sujet de cette lame est en définitive assez révélateur: la sobriété de sa géométrie fonctionne, point. Il n'y a pas de fausse note ou de fonctionnalité cachée. Pas d'orifice inexpliqué pour accumuler crasse et restes de nourriture, pas de transition maladroite entre l'entablure et le tranchant. Chaque élément est à sa place et l'ensemble dégage un bon équilibre à la fois esthétique et fonctionnel.

Étrangement, je n'arrive même pas à critiquer la finition "Blackwashed" qui, dans les circonstances actuelles, ne renvoie pas l'impression "tactique" que procure un noir mat. Quand aux marquages, ils sont raisonnablement présents, avec la marque du constructeur sur l'émouture côté droit et la combinaison de la référence catalogue "2042" du Covalent, du logo de la maison mère "Kai" et de l'acier utilisé côté gauche.

Pas de quoi s'offusquer.
Pas de quoi s'offusquer.

Pas de quoi s'offusquer.

Quant au logo situé sur l'entablure du côté gauche, au dessus du pays de fabrication (chine), il indique que le design du Covalent est le fruit de l'équipe R&D interne et non de quelque sommité à la renommée internationale. Une façon élégante de rendre hommage aux talents de la maison.

Un manche parfaitement fonctionnel mais quand même aussi un peu moche

Je n'irai pas chercher à défendre l'esthétique du manche du Covalent. Moi-même je n'ai pas ressenti le coup de foudre en y posant mon regard. En revanche, sur le plan pratique, on ne peut rien lui reprocher.

Les goûts et les couleurs...

Les goûts et les couleurs...

Caractéristiques techniques
Longueur 111mm
Hauteur 29mm
Épaisseur 12.5mm
Platines Acier inox
Plaquettes FRN
Entretoise FRN

Allez, passons vite sur sa couleur un peu terne, les motifs inhabituels de sa texture et son entretoise un peu "funky" pour nous concentrer purement sur sa géométrie: le manche du Covalent est généreux sans être encombrant. Malgré la garde imposée par le flipper et la position plutôt "en recul" qui en découle, il héberge sans difficulté mes quatre doigts.

Sans forcer.

Sans forcer.

Doté d'une hauteur suffisante pour laisser les doigts se replier autour de lui, il ne souffre pas de sa finesse quelle que soit la prise en main adoptée: entre les phalanges ou au creux de la paume. En outre, les contours adoucis de son plastique moulé n'exposent aucun point de pression susceptible de devenir douloureux à l'usage tandis que la texture qui en orne la surface, aussi esthétiquement discutable soit-elle, offre réellement un grip de premier plan, sans pour autant compromettre l'intégrité de ma peau fragile de travailleur sédentaire.

Même avec la main rendue moite par l'excitation, aucun début de glissement n'est à déplorer.

Même avec la main rendue moite par l'excitation, aucun début de glissement n'est à déplorer.

Pas de surprise non plus du côté de la tenue à l'effort: grâce à la présence de platines métalliques sous ses plaquettes en plastique, ce manche résiste bien à la compression comme à la torsion et ne donne pas l'impression de se défiler sous la contrainte.

Les platines sont fines toutefois et il est possible, en appuyant comme un sourd, de rapprocher visiblement les bords de la gouttière où se range la lame. Et bien que je ne voie personnellement pas l'intérêt d'un tel exercice, je préfère prévenir avant qu'on me tombe dessus.

Voilà, ça c'est fait. Viendez pas dire que je n'en ai pas parlé!

Voilà, ça c'est fait. Viendez pas dire que je n'en ai pas parlé!

Et puisque l'on parle du ressenti "dans la main", il n'est pas prématuré d'aborder le sujet du clip de poche: relativement court et plutôt collé au manche, il ne pose pas le moindre problème pour autant que ma physionomie palmaire me permette d'en juger. Ne dépassant guère plus loin que mon annulaire, son extrémité se loge dans un repli de chair sans provoquer d'inconfort notable.

Il n'y a donc que sur l'esthétique globale de ce manche que l'on pourrait trouver à redire, et je ne me fatiguerai pas à prendre sa défense dans ce domaine. Outre sa couleur un plutôt triste et le motif "écaille" réalisé sur sa texture (et qui, tout à fait honnêtement, aurait gagné à être remplacé par une surface homogène); le travail réalisé sur son entretoise interroge.

Parce que... pourquoi pas!

Parce que... pourquoi pas!

Pourquoi avoir fait affleurer les platines à intervalles réguliers? Pourquoi avoir ainsi alterné les surfaces plates et bosselées? Je ne saurai le dire...

C'est comme la vis de charnière, certes originale mais qui ne plaira pas à tout le monde:

Celle-là, je lui trouve un petit côté space-opéra.

Celle-là, je lui trouve un petit côté space-opéra.

Mais bon, les designers, des fois, il faut bien qu'ils s'amusent un peu non? Et puis comme ces fantaisies ne nuisent aucunement au confort ou à la solidité de l'ensemble, il s'agit de détails qui me laissent plutôt indifférent.

Une articulation... wahou!

Ce n'est plus une nouvelle pour mes lecteurs les plus fidèles: j'apprécie le Crossbar Lock comme mécanisme de verrouillage. Je le trouve fiable, facile d'utilisation, ludique (lorsqu'il est bien implémenté) et j'apprécie sa nature parfaitement ambidextre parce que la seule chose qui m'émeut plus que le parallélisme, c'est la symétrie.

D'ailleurs, j'ai cet aspect de ma personnalité en commun avec le regretté Pierre Desproges qui disait: "Je n'apprécie rien tant que cet instant, trop éphémère hélas, où ma montre à quartz indique 11h11... Quelques fois, j'ai un orgasme jusqu'à 12!". I Feel you bro!

Mais j'apprécie également les ouvertures par flipper, alors même que Pierre Desproges n'a jamais manifesté d'intérêt particulier pour les cétacés. Preuve flagrante d'une ouverture d'esprit dont l'humoriste lui-même était incapable.

Il est donc inévitable que, lorsqu'un couteau combinant Crossbar Lock et Flipper se présente à moi, ma curiosité soit piquée au vif et mon intérêt attisé au delà du raisonnable. Et si cette combinaison s'est jusqu'ici avérée décevante sur les modèles que j'ai eu l'opportunité de tester, Kershaw réalise avec le Covalent un parcours sans faute!

Déjà, fermé, c'est du propre.

Déjà, fermé, c'est du propre.

Pour commencer, je me dois de combler le vide abyssal généralement laissé dans mes articles en parlant de l'apparence du couteau lorsqu'il est fermé. C'est en effet un aspect que j'ai la mauvaise habitude d'omettre d'aborder tant les caractéristiques d'un couteau fermé me sont habituellement indifférentes.

Il m'arrive évidemment de souligner tel ou tel point lorsque celui-ci me contrarie, comme par exemple un talon de lame proéminent ou encore une excroissance malheureuse, mais jamais ne je m'éternise sur l'absence de contrariété que suscite tel ou tel design.

Or, dans ce domaine, le Covalent fait preuve d'une remarquable capacité à ne pas susciter ma contrariété: le dos de la lame s'aligne à la perfection avec la garde et le pommeau pour créer un ensemble parfaitement harmonieux. Même le tenon métallique du flipper s'intègre dans son dessin à la continuité de ces lignes.

Et quel tenon!

Juste parfait.

Juste parfait.

En visionnant la vidéo "Shot Show 2023 preview" de Knife Center, j'avais personnellement trouvé que Andrew Keel (le designer de l'équipe Kershaw chargé de présenter les nouveaux modèles à son hôte David C. Andersen) en faisait un peu trop au sujet du positionnement de son flipper: "it's so critical [...] it's something we like to prioritize a lot at Kershaw: getting it placed right where it needs to be. [...] It really shows on these [...]" (C'est tellement critique [...] c'est une chose que nous aimons beaucoup privilégier chez Kershaw: le positionner exactement là où il doit être. [...] Et cela se voit sur ce modèle [...]).

Sauf qu'une fois le couteau en main, je n'ai pas eu d'autre choix que de fermer mon claque-merde: ce putain de flipper est effectivement positionné à la perfection! Non content d'être parfaitement intégré dans la continuité visuelle des lignes du manche, son emplacement tombe exactement à l'endroit où l'on est en mesure d'exercer le plus de force sur la charnière, et son angle ainsi que son bosselage offrent une capacité de traction idéale qui permet en retour d'en réduire la surface au strict minimum.

Ni trop grand, ni trop petit; ni trop en avant, ni trop en arrière; ni trop glissant, ni trop agressif; la géométrie de ce tenon de métal est la meilleure qu'il m'ait été donnée de constater sur l'ensemble des flippers de ma collection, dont voici un petit échantillon:

Trop inexistant.

Trop inexistant.

Trop fuyant.

Trop fuyant.

Trop coupant.

Trop coupant.

Trop glissant.

Trop glissant.

Trop saillant.

Trop saillant.

Trop kiffant!

Trop kiffant!

Combiné à une charnière montée sur roulement à billes, ce parfait ajustement géométrique fait qu'en dépit de la détente "élastique" que crée le Crossbar Lock, le déploiement de la lame du Covalent est franc et vif. Et comme les extrémités de l'axe de verrouillage n'affleurent que très discrètement de la surface du manche, ce dernier n'est pour ainsi dire jamais bloqué de façon accidentelle par les doigts de l'utilisateur (ce qui n'est hélas pas le cas de la concurrence) et le taux de réussite de l'opération atteint réellement les 100%, à moins bien sûr d'y mettre de la mauvaise volonté.

Kershaw a donc réussi à implémenter une combinaison Crossbar/Flipper qui fonctionne... genre VRAIMENT!

A l'issue de sa course, le mécanisme de verrouillage s'engage d'un "clic" discret mais net, signifiant à l'utilisateur que les hostilités peuvent commencer.

Et pour les empêcheurs de tourner en rond qui ne veulent pas tirer sur la bobinette pour faire choir la chevillette, le déploiement par inertie est lui aussi d'autant plus agréable et aisé à réaliser qu'une traction sur l'axe transverse a pour effet de faire légèrement sortir la lame de son rangement, exactement comme sur un Bestech Slasher ou un SOG Terminus XR.

Une aide au décollage bien agréable.

Une aide au décollage bien agréable.

Ce petit angle forcé permet non seulement d'ouvrir complètement la lame d'une simple mais vigoureuse traction sur le Crossbar (à condition de maintenir le couteau parfaitement couché), mais il offre également un amorti des plus agréables lorsque l'on referme le couteau par gravité/inertie.

Ainsi, le mécanisme libéré et la lame libre de tout mouvement sur ses roulements à billes, il est aisé de la laisser retomber dans sa gouttière sous l'effet de son propre poids, comme de l'y projeter d'un coup de poignet. En arrivant à sa destination, elle va entrainer le verrou avec elle et se loger en douceur contre sa butée de fermeture, sans heurter cette dernière de façon intempestive.

A tout point de vue, cette articulation est donc une véritable réussite.

Un port irréprochable

Du haut de ses 81g, le Covalent ne rivalise évidemment pas avec les "ultra-légers" mais cela ne l'empêche pas de savoir se faire oublier lorsque ses services ne sont pas nécessaires. En dépit d'une bonne longueur de manche, sa finesse globale en fait un compagnon peu encombrant et l'excellente intégration lame/manche dont il bénéficie en position fermée ne laisse -en dehors du flipper- aucune arête saillante susceptible de gêner l'accès au fond de la poche.

Et quand je parle du flipper, je le fais davantage par acquis de conscience que par réelle conviction tant ce dernier ne m'a jamais causé le moindre désagrément. Sa forme relativement "couchée" et son extrémité arrondie laisse en effet la main glisser contre le dos du couteau sans vraiment s'y heurter de façon virulente.

A ce stade, on ne peut pas vraiment parler d'agression.

A ce stade, on ne peut pas vraiment parler d'agression.

Pour maintenir cet ensemble sur le rebord de la poche, Kershaw a cette fois sorti le grand jeu. Après le "faux clip profond" du Cryo, handicapé par la combinaison d'une position maladroite et d'une visserie proéminente; après le clip profond-mais-encombrant du Dividend, fixé en surépaisseur des plaquettes par une visserie toujours aussi proéminente et qui double quasiment l'épaisseur du manche; le constructeur a revu sa copie et se fend cette fois d'un clip fixé directement dans l'épaisseur du pommeau.

Et me voilà à court de reproches...

Et me voilà à court de reproches...

Cette implantation, que l'on retrouve également sur le SOG Terminus XR comme sur le ZT 0562, se croise sur un nombre croissant de modèles, et il est aisé de comprendre pourquoi. Non seulement il permet au couteau de réellement disparaître derrière le pli de la poche...

Grand jeu concours: un couteau se cache sur cette photo, sauras-tu le retrouver?

Grand jeu concours: un couteau se cache sur cette photo, sauras-tu le retrouver?

...mais, ainsi fixé, il peut se permettre de coller au plus près du manche sans qu'une quelconque visserie ne vienne compromettre la progression du tissu. Ainsi, le clip se fait à son tour plus discret lorsque l'utilisateur prend le couteau en main: tout le monde est gagnant.

Il en résulte une modalité de port profond (mais ça, je l'ai déjà dit), exclusivement pointe en haut, et réversible droitier/gaucher, ce qui rend ce couteau réellement et complètement ambidextre (rhaaah ouiiii). En outre, la texture du manche s'avère également idéale du point de vue de l'adhérence contre le tissu: le couteau est bien collé au revers de la poche sans pour autant que l'intégrité de la couture ne soit menacée par des extractions répétées.

En clair, c'est juste la combinaison idéale de caractéristiques que je recherche.

Un rapport qualité/prix parfaitement honnête

J'ai beau retourner mon Covalent sous toutes les coutures, je ne lui trouve aucun défaut de réalisation susceptible de ne pas justifier totalement les 80€ qu'il m'a fallu re-débourser pour en acquérir un second exemplaire. Juste pour le plaisir. Voilà, c'est dit!

La géométrie de la lame est impeccable et l'émouture fine à souhait. L'affûtage en sortie de boite était également tout à fait honorable. Un simple passage au cuir a suffit pour le rendre complètement rasoir. Le plastique du manche ne souffre d'aucune bavure ni défaut d'ajustement et les pièces s'emboitent à la perfection. Quand à l'articulation, c'est tout simplement du grand art compte tenu de la difficulté technique à réaliser un flipper convaincant avec un tel mécanisme de verrouillage.

Évidemment, si Kershaw s'était accroché à son 8Cr13MoV comme une moule à son rocher, j'aurais certainement tiré la tronche (considérant alors sans doute ce modèle sous l'angle du gadget ludique plutôt que celui de l'outil sérieux), mais la transition au D2, que l'on sait plus coûteux à usiner, explique sans la moindre difficulté un tarif par ailleurs tout à fait aligné avec ce que propose la concurrence asiatique.

A titre personnel, je trouve donc que le Covalent constitue un excellent investissement, d'autant plus justifié pour qui apprécie ses caractéristiques qu'un tel tarif ne dissuade pas non plus d'utiliser le couteau à volonté.

Une conclusion conquise

C'est un fait avéré, Kershaw est capable de tout et de n'importe quoi. Toutes leurs créations ne se valent pas mais la marque a su me convaincre au fil des années que certains de ses modèles méritaient vraiment le détour.

Si je devais résumer le fond de ma pensée au sujet du Covalent, c'est qu'aucune de ses caractéristiques n'est exceptionnelle ni même révolutionnaire; mais que la combinaison de ces mêmes caractéristique est à la fois unique et en parfaite adéquation avec mes attentes et mes usages.

En ajoutant à cela un tarif et des matériaux qui, comme je le disais à l'instant, évitent à ce couteau la captivité vitrinesque caractéristique des pièces de collection, on se retrouve avec un outil à la fois plaisant à utiliser et que l'on n'a pas peur de trimballer partout avec soi. Une réussite sur tous les tableaux.

Alors, comme n'importe quel couteau, le Covalent ne plaira pas à tous. L'esthétique discutable de son manche pourra en dissuader plus d'un, son acier pourra sembler "pas assez noble" à d'autres... Sans parler de l'aura répulsive que suscite sa nature "industrielle".

Car s'il représente effectivement un aboutissement, cela n'en fait pas un absolu: seulement le résultat d'une quête personnelle et biaisée... Et qui ne manquera pas de reprendre son cours à la première opportunité qui se présentera de "trouver encore mieux".

Mais en attendant, c'est clairement mon nouveau chouchou.

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