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Escapades coutelières

Voyage autour du monde à la découverte de couteaux d'ici et d'ailleurs

Kernico "KNP1": le nouveau défi

Top départ

Salut, cher lecteur.

Si tu fais partie de ceux qui ont lu les épisodes précédents, tu n'es pas sans savoir que le défi que je m'étais fixé après avoir fini d'équiper les membres de ma famille en lames fixes était de réaliser mon tout premier pliant.

Ce projet n'ayant pu être mené à bien fin 2022 en raison de la commande inattendue d'une quantité indécente de couteaux de table, je m'étais donc donné pour objectif de mener ce chantier début 2023. Or, pas plus tard que samedi dernier, face au double constat que 2023 avait bel et bien débuté d'une part; et que je n'avais, chose rare, aucune activité mondaine planifiée au cours des prochaines 36h d'autre part; je n'avais d'autre choix que de me lancer corps et âme dans cette nouvelle aventure.

Il est à peine plus de 10h du matin lorsque je m'assois sur ma table à dessi... sur la table de la salle à manger, avec l'ambition de pondre un concept à la fois original et à la portée de mes moyens limités.

Le concept

Qui dit "pliant" dit "articulation" et parfois même "verrouillage". Or, ne m'estimant ni assez compétent ni assez équipé pour me lancer dans la réalisation d'un cran [plat/forcé/à pompe] et encore moins celle d'un mécanisme encore plus complexe, je dirige mes pensées vers l'articulation la plus simple qui soit: le bon vieux deux-clous. Et tant qu'à faire avec une lentille à la piémontaise qui fera double usage: mécanisme d'ouverture à une main ET verrouillage automatique à goupille manuelle.

Pour le design général, les habitués reconnaîtront mes goûts.

Pas de surprise quand on a déjà vu les "modèles" KN1, KN3 et KN4

Pas de surprise quand on a déjà vu les "modèles" KN1, KN3 et KN4

Articulation oblige, la main est plus éloignée de la lame que sur mes modèles fixes, néanmoins on reste sur le concept de la coupe contre plan avec les doigts dégagés. La maquette en papier me permet de valider l'aspect général, le mouvement des pièces, l'emplacement des divers axes ainsi que l'aspect du couteau fermé.

Pour la réalisation, et faute d'avoir de quoi découper des plaquettes en métal, je pars sur un manche "tout en bois" composé de deux plaquettes et d'une entretoise, équipé de trous borgnes pour l'axe de butée, d'un axe de rotation vissé qui me servira au réglage de la friction et de rivets matés au pommeau pour limiter la casse visuelle côté visserie.

Ma petite touche personnelle, c'est cette lentille percée dans laquelle viendra se glisser une goupille de verrouillage que l'on insèrera par la plaquette droite et jusqu'au trou borgne percé dans la plaquette gauche. Moyennant cette manipulation supplémentaire, mon couteau sera donc virtuellement "fixe" lorsque le besoin s'en fera sentir.

Il ne me reste plus qu'à descendre à l'atelier.

Détourage de la lame

Après avoir reporté les contours de ma lame sur un morceau de 14C28N au feutre indélébile, je procède au détourage. D'abord à la meuleuse d'angle...

A ce moment là, je crois encore que je n'aurai à le faire qu'une fois...

A ce moment là, je crois encore que je n'aurai à le faire qu'une fois...

Puis au backstand, et enfin à la lime pour les parties fortement concaves que la bande abrasive ne peut atteindre en toute sécurité.

J'avais oublié le "plaisir" de limer pendant des heures pour retirer peau d'zob.

J'avais oublié le "plaisir" de limer pendant des heures pour retirer peau d'zob.

Au final, je me retrouve avec un profil que j'estime acceptable, sur lequel j'ai volontairement laissé un peu de gras en prévision des ajustements nécessaires au niveau de la butée.

Voilà voilà...

Voilà voilà...

Prototypage du manche

Pour économiser mes efforts (et la matière première), je réalise un premier prototype en carton plume. Cela ne me prend que quelques minutes pour dégrossir la future forme du manche...

À l'aise, blaise.

À l'aise, blaise.

...et y percer les trous nécessaires à la quincaillerie, sur laquelle je viens monter la lame et vérifier son mouvement.

Si le résultat final se rapproche de ça, je serai content!
Si le résultat final se rapproche de ça, je serai content!

Si le résultat final se rapproche de ça, je serai content!

Réalisation du manche

Il ne me reste qu'un tout petit morceau de loupe de bouleau madré que je gardais pour cette occasion. Le plus dur aura été de le découper de sorte à obtenir deux plaquettes d'épaisseur suffisante. Encore une fois, faute d'outil approprié, me voilà relégué au système D et à l'huile de coude.

Les cales en papier... J'y crois à mort

Les cales en papier... J'y crois à mort

Après avoir rectifié mes plaquettes et leur avoir donné leur épaisseur finale, je détoure le profil du manche et perce les trous nécessaires à l'aide de mon modèle en carton plume. Je profite d'une chute d'ébène qui trainait par là pour sortir une petite intercalaire dont la couleur contraste à la perfection avec les volutes de mon bois "principal".

Jusque là, tout va toujours bien.

Jusque là, tout va toujours bien.

Je procède à un premier montage pour vérifier le bon ajustement des diverses pièces...

...Pour constater que le débattement de ma lame est trop important en ouverture comme en fermeture!

Et comme je ne peux pas "rajouter" de matière sur la lame, je m'en sors en augmentant le diamètre de mon axe de butée, désormais prélevé sur un VRAI clou. Ouf, la situation est encore sous contrôle...

Montage préliminaire... Et c'est le drame!

Avant de ma lancer dans une émouture, je vérifie l'assemblage correct de l'ensemble des pièces. Cet instant marque le début d'une suite catastrophique de mauvais choix.

Une fois les éléments en place, je réalise que, emporté par mon enthousiasme, j'ai percé des trous traversants pour l'axe de butée. Celui-ci peut donc, sans contrainte, s'échapper par n'importe quel côté du couteau. Qu'à cela ne tienne, j'aurai qu'à le mâter lui aussi! Je ne suis plus à un affleurement de métal près!

Quand à la goupille, une pulsion irrationnelle me pousse à réutiliser la tête du clou que je viens juste de couper pour créer mon axe du butée, genre "ah ouais, ça sera marrant ça!" (mais p*tain, ta gueule, espèce d'abruti!). Et pour pousser l'amateurisme jusqu'au bout, je décide de percer le trou en une fois, lame dépliée et manche assemblé.

Résultat des courses: ma mèche se casse sur la lame et fend le bois le long d'une de ses nervures. La robustesse du système est entièrement compromise. De plus, je réalise en repliant ma lame que le trou est complètement désaxé par rapport à la lentille, pour un résultat visuel des plus discutables.

Et à ce stade, je pensais encore pouvoir rattraper le coup.
Et à ce stade, je pensais encore pouvoir rattraper le coup.

Et à ce stade, je pensais encore pouvoir rattraper le coup.

Passablement écœuré, j'entreprends de mater les rivets du pommeau "comme ça, ça sera fait". Erreur: la tendreté de mon sandwich bouleau-ébène-bouleau permet aux rivets de se tordre tandis que leur tête refuse obstinément de s'aplatir. Inconscient du phénomène, qui se produit à mon insu dans l'épaisseur du bois, je donne le coup de marteau de trop et c'est tout le pommeau qui explose sous la pression de l'acier tordu.

Cette fois, c'est officiel, je viens officiellement de foutre en l'air mon dernier morceau de loupe de bouleau madré. Et accessoirement aussi ma première ébauche de lame.

Et comme on approche dangereusement des 22h, il semble hors de question que je remette le backstand en route pour corriger mes erreurs, qui devront attendre le lendemain.

Re-détourage des lames

C'est dimanche matin et j'ai bien l'intention de régler ce vilain contentieux avec mon égo.

Il me reste juste assez de métal pour deux nouvelles ébauches de lame. Je trace les deux et j'en détoure une que je perce sur-le-champ afin de couper court à toute initiative débile. J'avance rassuré par la certitude d'avoir encore un essai disponible sous le coude si nécessaire.

Le choix de l'embarras...

Le choix de l'embarras...

Re-réalisation du manche

Fort de mon expérience catastrophique, je réitère les étapes nécessaires à la réalisation de mes plaquettes, les conneries en moins: comme bois, je choisis ce bon vieil olivier du jardin, que je sais robuste et adapté aux contraintes mécaniques qui vont lui être imposées.

Plutôt que de mater le pommeau, j'opte pour une deuxième vis, dont j'espère qu'elle créera bon an, mal an, une sorte d'équilibre visuel avec celle de la charnière.

A court de bois sombre, je pars sur une intercalaire en G10 noire pour son contraste avec la couleur de l'olivier et en espérant aussi pouvoir profiter de sa rigidité dans l'espoir de, pourquoi pas, remplacer in-fine la vis de pommeau par un tube maté dans lequel je pourrai passer le lacet qui me servira à garder la goupille à portée de main.

Je perce le trou de l'axe principal dans la première plaquette, pose ma lame, trace et perce le trou de l'axe de butée en fonction du débattement souhaité. Cette fois je n'oublie pas de faire un trou borgne et non traversant. Je monte l'axe de butée et ajuste le débattement de la lame à coup de lime. Je dessine et détoure le profil du manche en fonction de celui de la lame ouverte/fermée, avant de percer le passage de vis au pommeau et le trou borgne de l'entretoise "là où il y reste de la place".

Dans la deuxième plaquette, je perce l'axe principal et réalise le trou borgne de l'axe de butée en m'aidant de papier calque pour reproduire l'écart exact de son homologue. Puis j'aligne les plaquettes grâce à ces deux axes.

À partir de là, je peux sans crainte percer le passage de vis du pommeau et tracer puis détourer le profil de la seconde plaquette en me servant de la première comme patron. Un petit coup de papier calque plus tard, mon second trou borgne est également prêt pour l'entretoise.

Recyclage oblige, je taille mon intercalaire dans un morceau de G10 issu d'un essai malheureux de plaquettes pour mon KN1.

Je perce et j'assemble. Il est midi, les invités arrivent, et je ne suis pas peu fier de leur montrer le résultat de cette ébauche mécanique:

Là on peut causer!
Là on peut causer!

Là on peut causer!

La suite

Il me reste encore pas mal de boulot à accomplir: la lame, pour commencer, doit recevoir son émouture et être trempée en bonne et due forme. Mais là, je suis sur un terrain qui m'est un peu plus familier.

Côté manche, il va falloir démonter tout ça et transformer ces morceaux de bois en jolies plaquettes. Casser les angles, lisser les contours, polir la surface et traiter le tout avant l'assemblage final. J'ai encore pas mal de boulot mais, contrairement à hier soir, je suis optimiste pour la suite.

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