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Escapades coutelières

Voyage autour du monde à la découverte de couteaux d'ici et d'ailleurs

Lionsteel "Thrill": le grand frisson

Lionsteel "Thrill": le grand frisson
Accueil des voyageurs

Chers voyageurs bonjour et merci de nous avoir rejoints pour cette nouvelle étape autour du monde des couteaux.

Aujourd'hui, nous traversons les Alpes et partons en direction de l'Italie, dans le village coutelier historique de Maniago situé à une centaine de kilomètres au nord-est de Venise et à mi-chemin entre cette dernière et la frontière autrichienne. Là, au pied des montagnes, les torrents ont depuis des siècles alimentés les meules grâce auxquelles les artisans fournissaient en outils les paysans des plaines situées en contrebas. C'est dans ce paysage vallonné riche d'histoire qu'une entreprise, fondée en 1969 et comptant aujourd'hui une trentaine de collaborateurs, réalise avec soin et passion des couteaux exportés partout dans le monde et introduit année après année des innovations qui bouleversent littéralement le monde de la coutellerie.

Ce n'est pas un hasard si Lionsteel raffle pratiquement tous les ans depuis 2012 un (ou plusieurs) prix au prestigieux Blade Show d'Atlanta: meilleur couteau de l'année, prix de l'innovation, meilleure qualité de manufacture... Il faut dire que l'entreprise rivalise avec son compatriote "Fox Knives" en inventivité et en audace, alimentant régulièrement le marché de concepts inédits rendus possible par une technologie de pointe parfaitement maîtrisée.

Rien qu'au cours de la dernière décennie, Lionsteel a breveté pas moins de cinq innovations majeures, que la société implémente sur des modèles d'une finition irréprochable et réalisés dans les matériaux les plus tendance du moment: titane et M390 comme fer de lance, aluminium et essences précieuses à leur suite. Une dynamique tellement éloignée du classicisme figé de la coutellerie industrielle française!

Pourtant, le fondateur de l'entreprise ne se destinait pas spécialement à révolutionner ce secteur. Petit fils d'un sculpteur sur pierre à qui sa famille doit un imposant lion de pierre taillé à même le flanc de la montagne, Gino Pauletta commence sa carrière comme ouvrier dans une manufacture métallurgique, la "Fabbrica Articoli Reclame di Maniago" au sein de laquelle il fait ses premières armes en produisant ouvre-boites et tire-bouchons.

C'est sûr que quand on grandit avec un truc pareil au fond du jardin, on ne peut pas avoir un destin ordinaire...

C'est sûr que quand on grandit avec un truc pareil au fond du jardin, on ne peut pas avoir un destin ordinaire...

Le métier ne payant pas assez pour satisfaire ses aspirations, il cumule les emplois et touche à tout ce qui a trait de près ou de loin au métal, cette matière qui le fascine. Jour après jour, son domicile se transforme en atelier, Gino fabrique chez lui des pièces pour de nombreuses manufactures environnantes.

En 1969, suite à la commande d'une centaine de tire-bouchons qu'il ne pouvait honorer en cumulant les emplois, il décide de franchir le pas, quitte son poste à la F.A.R.M. et fonde sa propre entreprise "P. G.". C'est le début de l'aventure. Indépendant mais sans objectif précis, Gino fabrique seul toutes sortes de pièces en fonction des commandes, son portefeuille de clients s'élargit à mesure que sa réputation croît et bientôt il se retrouve à produire des lames pour Nuremberg et Solingen, ces prestigieuses cités coutelières. L'entreprise "P. G." se met alors à vendre quelques couteaux en son nom propre et attire l'attention de commerciaux qui lui proposent de diffuser ses modèles dans les boutiques environnantes. Pour se démarquer de la concurrence, il décore ses modèles de gravures inspirées par la toute proche Venise. Vers 1978, en hommage au lion sculpté par son grand père et pour donner une image forte à sa marque naissante, il renomme son entreprise "LionSTEEL" et décide de se consacrer corps et âme à la coutellerie.

Dans un contexte hyper-concurrentiel dominé par une poignée d'entrepreneurs qui tiennent les artisans locaux à la gorge en les montant les uns contre les autres, la marque a du mal à décoller. Son fondateur comprend alors que la seule porte de sortie est de proposer quelque chose d'unique. L'innovation deviendra dès lors le moteur de la marque. Au début des années 80, Gino flâne dans les rues de Naples à la recherche d'inspiration et croise la route d'un couteau américain dont il tombe immédiatement amoureux: le légendaire Buck 110. Ironiquement, c'est donc une icône américaine qui aura mis le feu aux poudres italiennes et donné naissance à l'entreprise telle qu'on la connaît aujourd'hui. Après s'être ruiné pour en acquérir un exemplaire, Gino le démonte, le dissèque, en étudie les moindres détails et met ses observations en œuvre pour concevoir des couteaux alors inédits dans son pays, inspirés du Buck, mais pas copiés. La donne venait de changer, l'artisan proposait enfin quelque chose d'unique et allait pouvoir mener la danse.

Quelques modèles classiques du Lionsteel des années 80-90. L'inspiration américaine est tangible...

Quelques modèles classiques du Lionsteel des années 80-90. L'inspiration américaine est tangible...

Le succès fut immédiat et l'entrepreneur dut apprendre la gestion, la négociation et la logistique, organisant un processus quasi-industriel avec ses clients bien que ses couteaux soient toujours réalisés de façon artisanale, donnant la priorité à la qualité et aux marges plutôt qu'à la quantité et aux économies d'échelle. En 1981 il embauche son premier employé et une poignée d'autres suivirent dans la décennie. La marque fut la première à utiliser la gravure laser pour marquer ses lames dans le pays, une technologie alors futuriste. Ironiquement, lorsque son fondateur cessa d'innover à la fin des années 90 pour tenter d'asseoir son business sur une demande émergente de couteaux traditionnels, l'entreprise faillit péricliter et ne dut son salut qu'à l'énergie des enfants de Gino, qui surent relancer la machine à idées et explorer de nouveaux marchés. C'est donc d'expérience que l'entreprise a forgé sa devise: "Dans le monde de la coutellerie, si on n'innove pas, on est voué à disparaître"

Et l'innovation s'avérera payante puisqu'entre 2014 et 2018, l'entreprise raflera chaque année au moins un prix majeur au prestigieux Blade Show d'Atlanta. Le "Manufacturing Quality Award" lui fut décerné 2014, 2017 et 2018 pour récompenser la qualité de ses réalisations, tandis que le prix "Overall Knife of the Year" fut attribué trois années consécutives à ses différents modèles: le "T.R.E" en 2015, le "Kur Metamorphosis" en 2016 et le "SR-11" en 2017. Ce triplé permet d'ailleurs à l'italien d'être le premier à égaler le record de l'américain Zero Tolerance (2011-2012-2013).

En 2019, cinquante ans après sa fondation, l'entreprise LionSTEEL, plus forte que jamais en dépit d'une histoire pleine de rebondissement, dévoile sur la scène internationale son tout dernier modèle: le "Thrill". Un couteau qui incarne à la perfection tout le savoir faire de l'entreprise et mêle avec brio modernité et nostalgie.

Tour du propriétaire

La première chose qui marque à la vue du Thrill, c'est cette alliance improbable entre technologies de l'espace et coutellerie traditionnelle. Ce n'est en effet pas tous les jours que l'on croise un couteau de gentilhomme doté d'un verrouillage à cran forcé, et dont la réalisation combine les méthodes de production les plus avancées du moment.

Sorti un an à peine après le Rok, véritable vitrine technologique de la marque grâce à laquelle elle remporta son prix en 2018, le Thrill surfe sur le succès grandissant des "couteaux de gentleman", versions modernes du canif de nos grands-pères. Mais loin de se satisfaire d'un énième modèle classique revisité, l'entreprise italienne a laissé carte blanche à son designer star, Michele "Molletta" Pensato, pour repenser complètement le concept et en offrir une vision unique et novatrice.

Il en résulte un couteau à la fois distingué, élégant et moderne, mais qui -grâce à l'apport des technologies propriétaires de la marque- casse également les codes établis.

Une lame toute en élégance
Difficile de nier à cette étroite pièce de métal l'élégance caractéristiques des designs italiens.

Difficile de nier à cette étroite pièce de métal l'élégance caractéristiques des designs italiens.

Harmonie... Harmonie et élégance sont les maîtres mots pour cette lame qui, en dépit d'un profil assez classique, reste résolument tournée vers l'avenir.

Caractéristiques techniques
Longueur 80mm
Longueur de coupe 74mm
Hauteur 20mm
Épaisseur 3.5mm
Épaisseur derrière le fil 0.6mm
Angle d'émouture primaire 3.81°
Type d'émouture primaire Plate
Matériau M390
Dureté* 60 HRC

Si la silhouette de son drop point ne surprendra personne, le travail de contre émouture réalisé sur l'avant du dos de cette lame crée, selon l'angle de vue et les reflets, l'illusion visuelle d'une brisure. Cette même brisure forme, à l'aide d'une encoche pour l'ongle savamment dessinée, un dessin qui n'est pas sans rappeler le cockpit des bateaux à moteur qui sillonnent la baie de Venise ou encore celui des hydravions qui peuplaient le ciel de la mer adriatique à l'époque dépeinte par l'inoubliable film d'animation "Porco Rosso".

Et maintenant, tu le vois l'hydravion?

Et maintenant, tu le vois l'hydravion?

Ainsi, en quelques lignes simples, l'artiste nous emmène soixante ans en arrière sans même que l'on s'en rende compte. Pourtant, cette lame n'a rien d'obsolète, loin de là. Extrêmement fonctionnelle grâce à une bonne longueur de coupe et un excellent équilibre entre la section droite et la section convexe de son fil, elle bénéficie d'une émouture pleine qui compense à point nommé son épaisseur quelque peu exagérée (non, un couteau à usage citadin/gentilhomme n'a PAS besoin d'une lame de 3.5mm d'épaisseur).

Cette lame procure un sentiment de maniabilité et de robustesse assez plaisant, sa pointe est parfaitement exploitable et raisonnablement solide.

Petit détail aussi agréable d'un point de vue pratique qu'esthétique: à sa base, un généreux casse-goutte permet d'éloigner le fil du ricasso et d'éviter ainsi que l'affûtage ne se termine à cheval sur ce dernier. La base du fil n'est donc pas susceptible d'adopter le concave typique des couteaux dénués de ce genre d'attention.

Ça, c'est le genre d'attention que l'on apprécie particulièrement quand on est du genre à prendre soin de ses couteaux.

Ça, c'est le genre d'attention que l'on apprécie particulièrement quand on est du genre à prendre soin de ses couteaux.

Côté matériaux enfin, on est ici servis avec l'un des aciers les plus en vogues du début de ce troisième millénaire: le M390 du voisin autrichien Böhler. Un choix parfaitement judicieux pour une lame qui n'est clairement pas conçue pour subir les mauvais traitements qu'aiment infliger à leur couteau les amateurs de bouche-kräfte. Dans le contexte d'utilisation civilisé destiné aux couteaux de gentilhomme, la moindre résilience de cet acier n'est pas un problème et on apprécie pleinement l'acuité du fil rendu possible par sa haute dureté et la durée de vie du tranchant ainsi constitué. Bien que délicat à affûter (ou a minima demandant un peu de patience), on peut considérer ce défaut comme largement acceptable s'agissant d'un couteau susceptible de suivre son propriétaire pendant des semaines sans réclamer le moindre entretien particulier, si tant est que l'on n'entreprend pas d'essayer d'abattre un arbre ou de couper des clous avec.

Un manche venu de l'espace
Aye, mamma mia!
Aye, mamma mia!

Aye, mamma mia!

Le Thrill existe en deux déclinaisons: Titane et Aluminium, toutes deux proposées dans de nombreux coloris. Pour ma collection, j'ai choisi la version aluminium disponible en rouge ferrari parce que... what else?

Caractéristiques techniques
Longueur 100mm
Hauteur 20mm
Épaisseur 12.5mm
Châssis Aluminium

Ce qui rend ce manche absolument unique, c'est sa conception d'une seule pièce réalisée selon un procédé baptisé SOLID par la firme italienne. À l'aide de machines à commande numérique, l'intégralité de la forme du manche est sculptée dans un seul bloc de métal: les contours, la gouttière de rangement pour la lame, la texture de surface finement ciselée pour une meilleur adhérence... Et même le ressort du cran forcé! Absolument tout est sorti d'un unique parallélépipède rectangle d'aluminium usiné en trois dimensions.

Pas de platines, de visserie ou d'entretoise, seulement une pièce de métal à la robustesse difficilement égalable (à quantité de matière comparable). En tout et pour tout, on ne voit apparaître sur les flancs de ce manche que la vis qui sert d'axe à la lame, celle (très discrète) qui fixe la butée de fermeture, et le mécanisme du clip de poche (lui aussi révolutionnaire, mais nous y reviendrons).

Prouesse technologique et toute considération esthétique mise à part, ce manche est également une véritable réussite ergonomique au regard de son domaine d'application. Assez épais pour bien remplir les phalanges dans lesquelles il vient naturellement se loger, il ne présente aucun point douloureux et sa texture de surface offre une bonne adhérence. Assez long pour accueillir quatre doigts sur son ventre, le ressort découpé dans son dos arbore un guillochage bien dosé qui accroche le pouce sans en arracher la peau. Sa forme neutre permet une grande liberté de positions.

Ahhhh, chuis bien là. Ah, chuis bien. (Le lapin du métro)

Ahhhh, chuis bien là. Ah, chuis bien. (Le lapin du métro)

Et on ne peut évidemment pas évoquer l'excellente ergonomie de ce couteau sans parler de son clip de poche... Ou plutôt de son absence. Enfin si, il y en a un... Mais il n'est pas là. Bref, c'est l'une des nombreuses surprises que réserve le Thrill à son utilisateur puisqu'il est doté du mécanisme "H-WAY" (Hide What Annoys You), un système de clip de poche rétractable qui se fond littéralement dans le manche lorsque le couteau est décroché du rebord de la poche. Tous les avantages du clip de poche sans ses inconvénients!

Et hop, comme papa dans maman!

Et hop, comme papa dans maman!

Une articulation venue du futur

On serait tenté de croire que l'on ne peut plus être surpris par ce bon vieux cran forcé, et pourtant LionSteel réussit à prendre l'observateur au dépourvu. Exit le ressort fixé sur le dos du manche, une découpe astucieuse transforme la matière du manche elle-même en ressort.

Et là les amis, je peux vous dire qu'il y a un putain de travail de précision derrière ce ressort!

Et là les amis, je peux vous dire qu'il y a un putain de travail de précision derrière ce ressort!

Difficile d'imaginer la complexité que cela représente de doser l'effort d'un ressort taillé à même l'aluminium (et a fortiori le titane) dans le but de procurer à cette articulation la juste retenue... Et pourtant la firme italienne réussit le tour de force de nous offrir un mécanisme juste parfaitement dosé. Pas trop mou pour inspirer confiance, pas trop raide pour se laisser aller d'un bout à l'autre sans effort. Et il en faut, de la confiance, pour un couteau qui ne se verrouille pas!

La lame, montée sur des roulements à bille en céramique (rien que ça) bondit de l'une à l'autre de ses positions d'équilibre correspondant respectivement à la lame ouverte, à mi-course et fermée.

On apprécie ce petit point d'arrêt intermédiaire pour repositionner ses doigts hors de la trajectoire d'une lame par ailleurs très coupante lors du mouvement de fermeture.

On apprécie ce petit point d'arrêt intermédiaire pour repositionner ses doigts hors de la trajectoire d'une lame par ailleurs très coupante lors du mouvement de fermeture.

S'il ne serait pas raisonnable de tenter un mouvement d'estoc avec un tel mécanisme, celui-ci ne fournit pas moins toutes les garanties nécessaires dans le cadre d'une utilisation éduquée.

Petit détail annexe qui n'a l'air de rien comme ça mais qui en dit long sur le soin apporté à la durabilité de sa production, LionSteel a doté l'extrémité du ressort découpé dans le manche de ce couteau d'une cale en acier inox, fixée par l'intérieur, et destinée à préserver l'aluminium (ou le titane) dont il est fait des martèlements du talon de la lame.

Un genre de préservatif, quoi.

Un genre de préservatif, quoi.

Et parce que lorsqu'un cran forcé est mal conçu, la lame vient frapper le ressort en se refermant et détériore son fil au passage, LionSteel a pris la peine de bien concevoir son couteau en y ajoutant un axe de butée inséré sur le côté du manche et destiné à mettre un terme à la course de la lame avant que cette dernière ne parte se suicider contre le fond de sa gouttière

Du coup, celui-ci fait plutôt stérilet...

Du coup, celui-ci fait plutôt stérilet...

Une attention d'autant plus remarquable qu'elle est loin d'être triviale compte tenu du caractère monobloc du manche et donc de l'impossibilité d'y insérer un axe simplement en écartant les platines.

Bref, tout respire à plein nez l'assemblage bien conçu, jusqu'à l'encoche de pouce (les fameux hublots oblongs de notre hydravion) dont l'emplacement comme les dimensions et la profondeur permettent une prise solide sur le dos de la lame en vue d'une ouverture facile.

Des modalités de transport sorties de nulle part

OK, le clip de poche n'est disponible que dans une unique configuration droitier / pointe en haut... Mais bordel c'est tellement une ouferie de clip de poche qu'il peut bien être dans le sens qu'il veut!

Le principe est donc le suivant: puisque le clip de poche n'est utile que lorsque le couteau est effectivement fixé au rebord de la poche, pourquoi ne pas s'en débarrasser une fois le couteau décroché? C'est exactement pour répondre à cette question que LionSteel a conçu le clip "HWAY" révélé au grand public avec le Rok un an plus tôt.

Au repos, le clip est donc complètement intégré dans l'épaisseur du manche, maintenu en position par un ressort, rien ne dépasse. Lorsque l'on souhaite accrocher le couteau sur le rebord de sa poche, on actionne le bouton poussoir fixé en face du clip, de l'autre côté du manche, pour contrer l'action du ressort et faire saillir la languette de métal. Simple, non? Encore fallait-il y penser!

En dedans, en dehors, en dedans... nan, je suis à court d'analogies salaces là.
En dedans, en dehors, en dedans... nan, je suis à court d'analogies salaces là.

En dedans, en dehors, en dedans... nan, je suis à court d'analogies salaces là.

On pourra légitimement reprocher à ce clip de manquer d'agressivité, sa force de retenue étant tributaire de l'action du ressort qui lui fait face et du bon vouloir de la languette de métal qu'il m'est arrivée de plier accidentellement sur le Rok que je porte au quotidien. Mais au cours d'une année entière passée à trimballer partout avec moi un couteau doté de ce mécanisme, je n'ai jamais eu à déplorer de perte accidentelle. Et pourtant ce n'est pas faute de courir dans tous les sens et de m'accrocher partout.

Dès lors que l'on accepte de faire confiance à ce mécanisme, on savoure pleinement la joie de porter le Thrill sur soi: une fois replié, ses dimensions modestes et son poids raisonnable en font un invité courtois dans la plupart des poches.

Son mécanisme de non-verrouillage le rend par ailleurs un couteau tolérable au regard de la loi en vigueur et son apparence à la fois classieuse et moderne susciteront davantage les conversations que la méfiance

Un rapport qualité/prix de derrière les fagots

Pour un couteau doté d'une conception aussi pointue, assemblé avec un tel soin et réalisé dans des matériaux aussi tendance, on ne s'attend clairement pas à pouvoir se l'offrir pour moins de 150€. Et pourtant, dans sa version aluminium (hmmm, ce rouge tape-à-l'œil tellement italiano!), c'est le tarif maximal qu'un commerçant honnête pourra en demander, contre 240€ pour la version titane.

Pratiquement deux fois moins cher qu'un Rok aluminium, et largement plus abordable que bon nombre d'autres couteaux de qualité comparable, voire moins bien finis, il s'agit clairement là d'un exemple à suivre pour la concurrence et d'un jalon pour une marque dont on espère qu'elle continuera de nous surprendre.

Un bilan pas piqué des hannetons

Le moins que l'on puisse dire de la firme italienne, c'est qu'elle soigne son public. Proposant des modèles adaptés à tous les goûts, du pliant classique au frame-lock ultra moderne en passant par des lames fixes de toutes les tailles, elle ratisse un public très large et propose des couteaux que l'on ne retrouve nulle part ailleurs.

Le Thrill est probablement l'une des incarnations les plus représentatives de cette volonté de se démarquer de la concurrence tout en continuant de séduire un public accoutumé aux modèles traditionnels. En ce sens, il pourrait être le plus "LionSteel" des LionSteel, celui qui colle le mieux à l'histoire de l'entreprise.

À de nombreux égards, il est unique: seul couteau à cran forcé doté de roulements à billes et dont le ressort est taillé dans la masse du manche, seul couteau de gentleman doté d'un clip rétractable... On ne compte plus les catégories dont il est le seul représentant et qu'il a fallu créer spécialement pour lui faire une place. Mais le tour de force de la firme italienne n'est pas tant d'avoir créé de nouveaux concepts, que d'avoir créé de nouveaux concepts qui marchent.

Parce que franchement, et à moins de faire preuve d'une mauvaise foi complètement assumée, on ne peut pas dire que ce couteau souffre d'une quelconque manière des innovations qui font son originalité. Tout au plus peut-on lui reprocher de ne pas être adapté aux usages pour lequel il n'a pas été conçu, car ce n'est pas un couteau de survie ni une arme d'autodéfense, mais dans son domaine de prédilection il incarne l'exemple même d'un outil parfaitement fonctionnel et durable.

Si LionSteel était la seule entreprise italienne à sortir ainsi des sentiers battus, on pourrait tout à fait penser qu'il s'agit là d'un cas isolé. Mais à en juger à la compétition acharnée qui fait rage entre le lion d'acier et son renard de compatriote "Fox Knives" sur le secteur de l'innovation (et je ne parle même pas du challenger émergeant "Sandrin Knives" à qui nous avons déjà rendu visite et de son carbure de Tungstène cémenté venu tout droit de l'espace), on est en droit de penser que c'est toute la coutellerie transalpine qui tire la production mondiale vers le haut. Une tendance que nous, leurs plus proches voisins, ne pouvons que leur envier.

Et c'est justement pour étayer cette thèse que nous prolongerons notre séjour en Italie lors de notre prochaine étape, à la découverte du modèle lauréat du prix "Best Knife of the Year" au blade show d'Atlanta 2019 (rien que ça): le Fox Knives Radius.

D'ici là, passez une bonne journée, avec ou sans couteau dans votre poche.

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C
Merci...très joli couteau, qui respire la qualité, mais à ce prix toujours le risque de se le faire confisquer, je me suis offert un RUIKE en fin d'année acier 14c28n (et 7 Opinels que je customise, et offre de temps en temps) malheureusement les gens ne respectent pas les couteaux, ou finissent au fond d'un tiroir, j'arrête d'offrir, le dernier un joli Victorinox spartan personnalisé n'a jamais quitté le tiroir d'une chambre (et quand je vois l'usage de pierres grossières de merde, mon sang ne fait qu'un tour)
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U
Je ne suis hélas que trop d'accord avec ce constat. A moins de tomber sur un amateur éclairé ou une personne susceptible de le devenir, le "couteau cadeau" n'aura jamais le droit au respect qu'il mérite.