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Escapades coutelières

Voyage autour du monde à la découverte de couteaux d'ici et d'ailleurs

Morakniv "Pro S": la leçon suédoise

Morakniv "Pro S": la leçon suédoise
Cap au nord, moussaillon!

Cher lecteur, nous revoilà face à face... ou à plus proprement parler face à écran à face, pour la suite de notre excursion autour du monde des trucs qui coupent. Aujourd'hui, nous partons vers le nord, le vrai, celui où les mâles ont de la fourrure qui leur pousse jusque sur les bollox. C'est en effet dans la péninsule scandinave que nous nous rendons, plus précisément en Suède, à la découverte d'une entreprise à la renommée internationale.

Scandinavie et coutellerie s'entendent comme larons en foire depuis des siècles, et pour cause: depuis le XVIIè siècle, cette région est la plus importante productrice de métal d'Europe. Aujourd'hui encore, l'entreprise suédoise Sandvik produit les aciers de coutellerie parmi les plus utilisés au monde, 12C27 en tête. Mais l'histoire de la coutellerie scandinave ne se résume pas à la production de matière première, comme en témoigne la richesse et la diversité de son patrimoine, des "puukko" et "sami" finlandais au "mora" suédois en passant par le "leuku" lapon et autres spécialités norvégiennes.

Il faut dire qu'en choisissant de coloniser ces contrées inhospitalières quelques 15.000 ans avant notre ère, les tribus d'homo-sapiens-sapiens qui firent route vers le nord se lancèrent un défi qu'elles ne pouvaient relever sans des outils adaptés. Et si la pierre a depuis été remplacée par le cuivre, le bronze puis l'acier au cours des millénaires, la forme originelle des couteaux scandinaves n'a que peu évoluée depuis ces âges ancestraux: un manche en tonneau, une lame droite, trapue et redoutablement affûtée.

A l'image des peuples qui leur ont donné naissance, ces couteaux sont simples, pragmatiques, robustes et durs à la tâche. Sans fioritures. Une philosophie que l'on retrouve aujourd'hui encore dans la production moderne d'entreprises telles que Morakniv.

Difficile de s'intéresser à la coutellerie en 2020 sans trébucher tôt ou tard sur ce nom sans doute aussi mondialement connu qu'Opinel. Les deux marques partagent d'ailleurs de nombreux autres points communs, à commencer par leur longévité: tandis que Joseph Opinel a fondé en 1890 l'entreprise qui porte toujours son nom, c'est en 1891 que Frost-Erik Erson installa sa manufacture dans la ville de Mora, plantant ainsi la plus ancienne graine de ce qui, à l'issue d'une longue historie d'acquisitions et de fusions devint "Mora of Sweden" en 2005 puis "Morakniv" en 2016. Mais les similitudes ne s'arrêtent pas là puisque les deux entreprises sont aussi mondialement reconnues pour le rapport qualité/prix exemplaire de leur production, mettant à la portée de toutes les bourses des outils certes simples mais parfaitement fonctionnels.

En revanche, là où le savoyard propose des couteaux pliants destinés à nos campagnes françaises, Morakniv (littéralement: "le couteau de Mora") ne produit que des lames fixes taillés pour les immensités sylvestres du grand nord. Un programme autrement plus musclé que la marque partage avec ses consœurs scandinaves telle que la Finlandaise Fiskars: des entreprises qui ont toutes deux su combiner matériaux modernes et techniques de production industrielles pour produire à faible coût des outils durables et redoutablement efficaces.

Voilà une combinaison d'outils scandinaves, abordables et pratiquement indestructibles grâce à laquelle aucune forêt ne vous résistera.
Voilà une combinaison d'outils scandinaves, abordables et pratiquement indestructibles grâce à laquelle aucune forêt ne vous résistera.

Voilà une combinaison d'outils scandinaves, abordables et pratiquement indestructibles grâce à laquelle aucune forêt ne vous résistera.

Présentation

Conçu en 2014, la gamme "Pro" ne se distingue de la gamme "Basic" (véritable fer de lance de la marque) que par un manche aux propriétés antidérapantes renforcées. Au sein de cette gamme, on retrouve les déclinaisons "S" (Stainless) et "C" (Carbon) qui ne diffèrent que par l'acier dont sont constitués leurs lames, ainsi que diverses variantes géométriques telles que le "Robust" à la lame plus épaisse (3.2mm / Carbon), le Flex à la lame plus fine (1.3mm / Stainless), le "Precision" à la lame plus petite, le "Safe" au bout arrondi ou encore le "Rope" au fil dentelé. Une variété qui peut d'autant plus désorienter le néophyte que la marque propose d'autres gammes sur le même créneau tarifaire (moins de 20€) telle que le "Companion" aux dimensions plus généreuses.

Mais en dépit des subtiles différences qui justifient l'existence de chacun de ces modèles, tous partagent le même ADN nordique et le même programme résolument "outdoor" porté par la choix d'une lame fixe et de matériaux imputrescibles. Au sein de cette constellation, le "Pro S" constitue un candidat pragmatique, doté d'un bon équilibre entre format, ergonomie et maintenance.

Bladet

(C'est ainsi que l'on dit "la lame" au pays des fabricants de meubles en kit aux noms imprononçables.)

Mais c'est qu'ils en sont fiers en plus!

Mais c'est qu'ils en sont fiers en plus!

Caractéristiques techniques
Longueur 89mm
Longueur de coupe 89mm
Hauteur 22.5mm
Épaisseur 2mm
Épaisseur derrière le fil Non applicable
Angle d'émouture primaire 11.30°
Type d'émouture primaire Scandinave
Matériau 12C27
Dureté* 60 HRC

(* données constructeur)

A défaut d'être une grand originalité, cette lame assume complètement son ascendance scandinave. Trapue, droite comme un "I", on pourrait la croire tout droit sortie d'une forge viking si ce n'était sa finition miroir, aussi inattendue sur un couteau destiné à un usage intensif qu'agréable à regarder tant que la lame est encore neuve.

Elle est floue ma première photo? Au contraire je les trouve plutôt nets, mes nuages!Elle est floue ma première photo? Au contraire je les trouve plutôt nets, mes nuages!

Elle est floue ma première photo? Au contraire je les trouve plutôt nets, mes nuages!

Sa géométrie simple lui offre une grande polyvalence et ses dimensions raisonnables en font un excellent outil au quotidien. Mais ce qui lui donne tout son caractère c'est cette émouture basse et simple, dite "scandinave" (ou "scandi" pour les intimes) associée à une faible épaisseur.

Si l'entretien d'une telle émouture requiert d'enlever plus de matière que sur les modèles à émouture secondaire, cette géométrie présente le double avantage de ne poser aucun problème pour trouver le bon angle d'affûtage même à main levée, et de former un apex bien plus pointu qu'avec une émouture secondaire jusqu'à 4 fois plus obtuse. Aussi, ne vous laissez pas abuser par son prix dérisoire: aucun autre couteau de ma collection ne possédait un tel mordant dès la sortie de son emballage! Un véritable rasoir, tellement agressif que lorsque j'ai tenté de l'utiliser pour racler la sauce au fond de mon assiette en bois, l'assiette a préféré glisser sur la table plutôt que de laisser le couteau se déplacer à sa surface.

Par rapport à la version "C" en acier carbone ("bien meilleur que l'acier inox!" comme ne manqueront pas de le faire remarquer les experts en cétaitmieuxavantologie approximative et incomplète), le 12C27 de Sandvik -produit local s'il en est- autorise une certaine insouciance face aux conditions météo et qui va de mise avec les autres matériaux constitutifs de ce couteau. En partie responsable de son incroyable tranchant grâce à une bonne finesse de grain, sa résistance à la corrosion permet en outre de remiser ce couteau sans arrière pensée.

Seul détail susceptible de susciter l'interrogation, une observation sommaire du dos de ce couteau suffit à constater que celui-ci a manifestement été laissé brut de découpe. Choix purement économique ou fonctionnalité cachée? Le contraste avec le reste de la finition ne peut de toutes façons que créer la surprise.

Oui, nan, c'est sûr... Vu comme ça, ça n'a pas l'air très bien fini comme boulot.

Oui, nan, c'est sûr... Vu comme ça, ça n'a pas l'air très bien fini comme boulot.

Handtaget

(C'est comme ça qu'on dit le manche au pays des exportateurs de krisprölls.)

Caractéristiques techniques
Longueur 117mm
Hauteur 30mm
Épaisseur 22mm
Matériau Elastomère thermoplastique
Montage Soie postiche

A dire vrai, il semble injuste de parler de "manche" lorsque l'on observe cet imposant morceau de matériau polymère aussi robuste que léger. Le terme "poignée" semble plus approprié car, que cela soit à mains nues ou avec des gants de chantier, sa forme et ses dimensions permettent une prise parfaite, à pleine main, avec laquelle on s'imagine aisément venir à bout des tâches les plus difficiles.

Essayez-voir un peu de me l'arracher des mains, celui-là!
Essayez-voir un peu de me l'arracher des mains, celui-là!

Essayez-voir un peu de me l'arracher des mains, celui-là!

Deux larges empreintes à la garde et au pommeau préviennent tout glissement accidentel, et le passage du polypropylène propre au "Basic" vers un élastomère caoutchouteux apporte un gain d'adhérence fort appréciable. Il ne reste qu'à voir comment ce matériau évolue dans la durée car de nombreux caoutchoucs artificiels ont tendance à devenir collants avec le temps et/ou l'exposition aux UV. Ce défaut potentiel à part, on imagine aisément oublier ce manche sous une couche d'humus en forêt et le retrouver quelques décennies plus tard, inaltéré par les assauts de la nature.

Bien que postiche, la soie est relativement profonde et ses circonvolutions sont noyées dans la masse du manche, ce qui garantit une solidité plus que satisfaisante.

Image constructeur... Parce que je n'avais ni d'appareil de radiographie sous la main, ni le souhait de détruire mon couteau pour en inspecter l'intérieur.

Image constructeur... Parce que je n'avais ni d'appareil de radiographie sous la main, ni le souhait de détruire mon couteau pour en inspecter l'intérieur.

En définitive, si son esthétique générale et son bleu vif peuvent ne pas plaire à tous, ce manche brille indéniablement par ses qualités pratiques.

Transport

(Parce que c'est comme ça qu'on dit "le transport" au pays des chaussures bleues sur lesquelles il ne faut pas marcher.)

Grâce à son manche poids plume et sa lame fine à la masse réduite, on ne sent presque pas le Pro S lorsqu'il est dans son étui fixé à la ceinture. En revanche, ses dimensions moyennes lui donnent un encombrement non négligeable. Il n'est pas rare qu'en s'asseyant sur une souche ou en passant trop près d'un tronc, son existence se rappelle inévitablement à notre bon souvenir.

L'étui justement, exclusivement réservé aux droitiers et à un port vertical, est lui aussi fait de matière polymère.

On ne peut pas dire que ça respire le grand luxe

On ne peut pas dire que ça respire le grand luxe

Bien que moins attirant physiquement qu'un bel étui en cuir ouvragé, il est autrement plus durable, économique et facile d'utilisation. Le couteau s'y engage avec un "clic" rassurant et n'en ressort que lorsqu'on l'y invite. Une fois engagé, il ne souffre que d'un léger jeu qui ne compromet en aucune façon son utilisation.

La conception de son passant le rend aisé à fixer à la ceinture sans qu'il soit nécessaire de retirer cette dernière, tout en lui évitant de se désengager de manière intempestive.

Et le petit retour en bas du passant empêche ce dernier de sauter de son support.

Et le petit retour en bas du passant empêche ce dernier de sauter de son support.

Sur sa face extérieure, la présence d'une excroissance frappée du blason de la marque interroge. J'ai d'abord cru qu'il s'agissait d'un taquet destiné à sécuriser le couteau en y fixant sa dragonne, mais le couteau lui-même n'étant pas équipé d'un passe-lanière, cette hypothèse ne tenait pas la route. Ce n'est que grâce aux explications d'un Internaute éclairé que j'ai constaté la présence sur le haut du passant d'une gouttière destinée à accueillir et fixer l'excroissance d'un autre étui.

Le petit bitoniau là...

Le petit bitoniau là...

...il va dans la fente ici. Et ça vous fait rire?

...il va dans la fente ici. Et ça vous fait rire?

Ainsi, il est possible de fixer un étui sur un autre étui, et ainsi de suite à la manière d'un human centipede (ceux qui ont saisi la référence ne devraient pas en être fiers). Sans doute utile pour organiser son atelier, on imagine toutefois mal exploiter ce mécanisme en pleine nature.

Du point de vue de l'acceptabilité sociale: ni sa simplicité triviale, ni son apparence manifestement low-cost ne seront à l'origine de conversations passionnées. Difficile donc de justifier le port de cet authentique "poignard" en dehors de son atelier ou de son sac de randonnée.

Värde för pengar

(Puisque c'est ainsi que l'on dit "le rapport qualité/prix" au pays des bouffeurs de hareng.)

12€.

Voilà voilà...

Ce seul chiffre devrait suffire à convaincre n'importe quel acheteur potentiel de tenter l'expérience du pragmatisme suédois. A ce tarif, on ne peut même pas se permettre de regretter l'acquisition curieuse d'une camelote mal finie alors, quand la qualité est de surcroît au rendez-vous, il n'y a plus d'excuse pour ne pas franchir le pas.

Les finitions sont impeccables, l'ensemble est solide et bien conçu, le tranchant est spectaculaire et -tout à fait honnêtement- vu le prix dérisoire de l'objet, il est objectivement moins rentable d'acheter un ensemble de pierres à affûter pour entretenir son Morakniv Pro S que de remplacer ce dernier à chaque fois qu'il est émoussé. Un tel comportement serait certes irresponsable d'un point de vue écologique et difficilement pardonnable à n'importe quel amateur de coutellerie; mais pour un utilisateur occasionnel et sans scrupule guidé par son seul portefeuille, le calcul pourrait hélas faire sens.

Slutsats

(réponse de Google traduction à la question "comment dit-on 'conclusion' en suédois?".)

Tandis que l'on se gargarise, sans doute à juste titre, des qualités de notre Opinel national, il est aisé d'oublier qu'à quelques milliers de kilomètres seulement, d'autres marques méritent tout autant leur réputation internationale. Et si Morakniv vise clairement un créneau différent que celui de son concurrent savoyard, elle n'en marque pas moins tout autant le paysage coutelier avec ses modèles conçus pour la vie au grand air. Des valeurs sûres et abordables pour n'importe quel amateur d'outils efficaces et durables.

Pour notre prochaine étape, je vous proposerai de me suivre pour un court passage dans l'hexagone, à la rencontre d'une autre marque qui offre sa propre interprétation du couteau low-cost qualitatif et qui n'est PAS Opinel. Curieux? Ne manquez pas le prochain article!

D'ici là, passez une bonne journée et gardez le MORA(L).

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C
Merci - ça fait un moment que je veux en acheter un,, je vais m'offrir un C, l'émouture m'arrêtait au début, et offrir un inox à mon amie, une femme des bois, toujours avec le BA, se promenant dans les bois/champs, ça ira bien avec ses bottes Aigle, et sa tenue de campagne,, avec tout ça faudra pas la faire ch.... :)
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U
A 9€95, difficile de faire une erreur avec la version carbone.<br /> <br /> Quand au pro S, même si elle le paume, il ne sera pas trop douloureux à remplacer.